Témoignage d’un échange de jeunes à Struga

Yette.

Du 18 au 25 avril, grâce au Ceméa Franche-Comté j’ai accompagné 4 jeunes adultes à Struga en Macédoine pour participer à un échange de jeunes sur la thématique de l’inclusion des personnes avec moins d’opportunités dans la société.
Les buts principaux étant de réfléchir à la thématique, de briser des stéréotypes, d’échanger sur les situations de nos pays respectifs et d’attirer l’attention sur le présent des personnes rencontrant des obstacles à leur inclusion en préparant une action locale.

Cet échange fait suite au séminaire qui a réunit en Croatie des travailleurs jeunesse de 9 pays différents en novembre dernier. J’étais leader du groupe français.

Pourquoi j’ai voulu partir ?

Comme je souhaite me professionnaliser en animation, acquérir de l’expérience dans l’organisation d’échange de jeunes à l’étranger était ma première motivation. La deuxième était d’acquérir encore plus de connaissance sur la thématique de l’inclusion.

Quelles attentes et quelles craintes j’avais ?
  • Je souhaitais un bon travail d’équipe avec les autres leaders et retrouver les personnes avec qui j’avais travaillé si bien à Split lors du séminaire. Ce qui s’est effectivement passé !
  • Développer mes connaissances sur le vécu des personnes en situation de handicap ou rencontrant des obstacles dans leur parcours de vie grâce aux échanges avec les jeunes participants.
  • J’avais peur que les participants ne se mélangent pas trop et qu’ils restent en groupe nationaux. Finalement ça a été tout le contraire, ils ont rapidement été les uns vers les autres, malgré les barrières linguistiques, que du bonheur !
Qu’ai-je découvert sur le sujet? Sur les jeunes rencontrés? Sur moi-même ?
  • J’ai découvert quelques initiatives mise en place dans d’autres pays pour l’inclusion des personnes en situations de handicap moteur, intellectuel et sensoriel :
  • En Roumanie, un lycée qui accueille des personnes atteintes de cécité partielle ou totale propose plusieurs formations professionnalisante comme :
  • L’association Porakanova, à Struga qui a monté un accueil de jour pour personnes en situation de handicap mental dont le but est de maintenir et développer l’autonomie des bénéficiaires au travers la pratique d’activités variées telles que la cuisine, l’artisanat manuel, du sport et des sorties, certaines activités en mixité avec des personnes non atteintes de handicap. Pour les très jeunes enfants, des thérapies individuelles sont mises en place. Les jeunes vont à l’école entre 7 et 14 ans vont à l’école à mis-temps dans la matinée. Les professeurs les emmènent ensuite au centre pour l’après-midi. Tout ceci se fait en coopération en partenariat avec des associations locales, des écoles ainsi qu’avec les familles des bénéficiaires. Celles-ci peuvent bénéficier d’un accompagnement à la parentalité et de formations diverses. Le deuxième but de l’association est d’attirer l’attention sur la situation des personnes en situation de handicap en Macédoine. Sur le bazar du centre-ville et dans un magasin entièrement dédié, sont mis en vente les créations artisanales des bénéficiaires L’association accueille des volontaires recrutés au lycée et des services volontaires européens et monte toute sortes de projets comme des festivals artistiques.
  • Dans un pays où le salaire moyen est entre 300 et 400 euros par mois, la vie quotidienne est difficile en Macédoine pour tous, mais encore plus pour les familles qui ont des membres en situation de handicap. Ils sont approximativement 200 000 ! À l’école, les jeunes sont censés pouvoir évoluer avec leurs camarades dans des écoles classiques comme en France, cependant bénéficier d’un assistant de vie scolaire coûte 200 euros par mois aux familles, et les écoles n’ont souvent qu’un éducateur spécialisé, tout les autres professeurs n’étant pas formé pour l’accueil d’enfants en situation de handicap.
  • Le gouvernement propose des séjours de vacances adaptés mais les accompagnants devraient être les familles et les personnes qui travaillent déjà quotidiennement avec eux ce qui constitue un frein au départ étant donné que les familles travaillent pour gagner leur vie et ont du mal à se libérer pour ces séjours.
  • Après 26 ans les aides financières diminuent, les familles peuvent éventuellement faire appel à des programmes spéciaux.
  • Sur les jeunes rencontrés j’ai pu constater à quel point nous nous ressemblions et partagions les mêmes préoccupations : vivre dans une société plus juste, avec plus de liens humains, de joie et de liberté. Nous avons pu travailler ensemble, chacun apportant sa pierre à l’édifice.
  • Sur moi, j’ai découvert que je me sens vraiment à l’aise en contexte interculturel, je m’y sens plus libre de m’exprimer. La place de leader m’a un peu déstabilisée parfois car si j’ai toujours en tête le principe qu’il faut laisser les participants apprendre par eux-mêmes dans certaines activités, il était frustrant de ne pas intervenir pour donner un coup de pouce ou répondre aux sollicitations. Il était naturel pour moi de veiller au bien-être du groupe mais jusqu’ici je n’avais pas eu l’occasion de faire des bilans formels quotidiens avec les publics rencontrés.
Quel(s) a/ont été mon/mes moment(s) le(s) plus fort(s) ?
  • Nous avons partagé le(s) moment(s) de notre vie ou nous nous sommes sentis exclus, en difficultés. J’ai gardé mon calme et écouté attentivement les histoires , mais lorsque vint mon tour, j’ai voulu me « débarrasser » de ce que j’avais à dire : j’ai vite raconté et oublié la moitié de ce que j’avais à dire. Sans doute parce que je vis encore ces difficultés. Malgré le fait qu’il ne s’agissait que du deuxième jour, les participants se sont livrés les uns après les autres .
  • Le flash mob au centre-ville de Struga est le deuxième moment fort de l’échange pour moi. L’escargot de l’inclusion était impressionnant. Juste avant la première fois, j’avais le trac, puis cela s’est fait très sérieusement, avec beaucoup de concentration. A la fin je me sentais sur-excitée, le câlin collectif était une bonne manière de conclure l’action. Jusqu’à la réunion de bilan je me sentais en tension.
Quelle(s) difficultés(s) ai-je rencontrée(s) ?

Parfois mes petits restes de perfectionnisme reviennent me hanter et me font passer de sales quarts d’heure d’auto-flagellation. Heureusement les participants et leaders ont pris soin de ne pas les faire durer !

Qu’ai-je rapporté de Macédoine avec moi ?
  • Des idées d’actions locales pour attirer l’attention sur les personnes ayant moins d’opportunités.
  • L’envie d’être encadrante sur de nouveaux échanges de jeunes et sur des sessions de formation SVE.
  • Des connaissances sur une région d’Europe jusqu’à lors inconnue pour moi.
  • Des envies de voyage retour pour pouvoir randonner dans ces belles montagnes.
  • Partir retrouver des connaissances inestimables à Chypre et en Espagne.
  • Et un sentiment d’ « être au monde » dans une « famille humaine » encore plus fort. Une petite piqûre de rappel post SVE quoi !
  • Mais aussi une conserve d’Ajver (poivrons cuisinés à tartiner) , une chemise traditionnelle, des épices, de la musique !
Cette expérience me sera t-elle utile dans l’avenir ?
  • Cette expérience m’a nourrit aussi bien professionnellement que personnellement. J’ai pu renforcer l’idée que je pourrai occuper des postes à responsabilité à l’avenir.
  • Cela a renforcé mon ouverture d’esprit et ma capacité à accepter l’autre, à lui faire confiance.
Quelque mots sur la Macédoine ?
  • C’est le pays du fromage !! A chaque repas il est présent, et au petit déjeuner, il occupe une place de choix !
  • Les paysages et la géographie de ce pays m’ont bouleversés : toutes ses montagnes à l’air sévère, certaines si hautes qu’elles présentaient des pics enneigés.
  • Lorsque nous sommes arrivés en bus par la Bulgarie, les routes sinueuses entre les monts traversant les petits villages isolés m’ont fait penser au Doubs et au Jura.
  • Orhid m’a beaucoup plut, surtout la vieille ville charmante malgré son manque d’accessibilité pour tous. Il y régnait un calme apaisant et cet endroit abrite des joyaux historiques.
  • Le complexe archéologique Plaosnik avec l’église Saint Clément restaurée et l’université en cours de restauration avec ses fabuleuses mosaïques. J’ai apprécié la simplicité de l’église à l’intérieur et en même temps la complexité des œuvres d’imagerie religieuse qu’elle abritait. L’extérieur est ma partie préférée, car le mélange de matériaux harmonieux et leurs couleurs chaudes m’a séduite.
  • La Forteresse de Samuel nous a offert une vue imprenable sur les villages dans la vallée alentours et sur ceux du bord du lac. Ce dernier m’a donné l’impression d’être une mer !
  • J’ai eu des échanges simples et sans chichi avec les habitants et trouvé la beauté dans la robustesse et la simplicité en Macédoine !
  • Mais comme rien n’est parfait, à la vue de décharges sauvages je me suis dit : nous avons bien les même problème en ce qui concerne l’environnement, comment le préserver du mieux que nous pouvons ? Peut-être un autre échange de jeunes ! 😉
Quelque chose à ajouter ?
  • Nous avons expérimenté le passage d’une frontière hors de l’espace Shengen (Bulgarie-Macédoine) et il n’y a rien d’aussi désagréable que d’attendre des heures dans un bus avant de pouvoir enfin aller « de l’autre côté ». Je sais que je suis privilégié avec ma carte d’identité française, et trouve injuste que de nombreuses personnes ne puisse se mouvoir aussi librement que moi. Je suis contente d’avoir fait cette expérience pour que la réalité des autres me touche et que je la comprenne un tout petit peu mieux.
  • La suite c’est la promotion de cet échange de jeunes et préparation d’une action en France !

Dovidouvagné Makedonija !!

Salima Gharbi, 22ans, est animatrice auprès d’enfants d’âge primaire

Pourquoi j’ai voulu partir ?

J’ai eu envie de partir pour vivre une nouvelle expérience. C’est une occasion que je ne pouvais pas refuser et une expérience unique: Celle de la rencontre de nouvelles personnes venant tous de pays différents.

Quelles attentes et quelles craintes j’avais ?

Avant le départ j’avais quelques petites appréhensions dont celle de la langue. Effectivement j’avais peur que cela me freine dans l’intégration du groupe.

Qu’ai-je découvert sur le sujet? Sur les jeunes rencontrés ? Sur moi-même ?
  • Malgré la barrière de la langue, j’ai découvert un sujet qui me tenait à cœur. Effectivement au fil de la semaine, j’ai pu constater que la question de l’exclusion n’était pas assez posé. Pourtant c’est un sujet très sérieux qui touche aujourd’hui beaucoup de monde, peu importe le milieu social ou professionnel d’où l’on vient. Qui aujourd’hui peut affirmer ne jamais avoir été exclu ou n’a jamais été celui qui exclu ?
  • Je vais continuer à défendre ce sujet auprès du public que j’accueille.
  • Les personnes que j’ai rencontré m’ont tous apporté quelque chose: de la bonne humeur, des fous rire, des discutions sur leur culture ou pays…
    Je n’ai malheureusement pas pu discuter avec tout le groupe mais je garde un très bon souvenir des gens qui ont partagé cette semaine avec moi.
  • Avec les difficultés que nous avons eu a notre arrivée, j’ai su trouver ma place dans le groupe pendant les temps libre. En ce qui concerne les activités, cela a pris plus de temps afin de m’ouvrir et prendre la parole. J’ai beaucoup de frustration par rapport à cela.
Quel(s) a/ont été mon/mes moment(s) le(s) plus fort(s)?

La flashmob restera le moment le plus fort, celui qui m’a marqué. Cela a été pour moi l’aboutissement de notre travail et nos effort tout au long de la semaine.

Quelle(s) difficultés(s) ai-je rencontré(s) ?

Pendant les temps de travail j’avais du mal à participer. Ne maîtrisant pas assez la langue anglaise je me suis alors mise en retrait. J’ai maintenant pour objectif d’apprendre cette langue car je me suis rendu compte de son importance.

Qu’ais-je rapporté de Macédoine avec moi ?

Je repars avec une valise pleine de souvenir, sur mes nouvelles rencontres, les échanges que j’ai pu avoir et avec de belles images de ce beau pays.

Cette expérience me sera t-elle utile dans l’avenir ?

A l’avenir et même maintenant cette expérience m’est utile. J’ai un regard maintenant différent sur notamment les personnes à mobilité réduite et sur le jugement des personnes. J’ai appris qu’il était important de connaître une personne ainsi que son histoire avant de porter un quelconque jugement.

Quelque mots sur la Macédoine ?

Magnifique pays. Nous avons eu la chance de pouvoir travailler dans un très joli cadre nous offrant un magnifique paysage.

Les Associations qui ont participées au projet :