Une Assemblée générale entre résistance et projets

On nous promettait des lendemains qui déchantent, on moquait notre maison la plus fragile (nous étions le plus insouciant des trois p’tits cochons), on se gaussait de notre taille (nous étions le plus petit des trois ours), loin de pavoiser et d’à notre tour afficher une vanité déplacée, force est de constater que nous sommes là et bien là ; mais à quel prix ? À celui d’une rigueur de tous les instants et d’efforts soutenus tout au long de l’exercice.

Quelle année en effet ! Quelle année difficile, quelle année usante mais quelle année exaltante !

Quelle année en effet ! Quelle année difficile, quelle année usante mais quelle année exaltante ! Année-lumière, fusée lunaire, un ange est passé… je commencerai ce rapport moral et d’orientation par un bravo sonore à toute l’équipe de salarié.e.s qui s’est démultipliée sans compter et qui sans être contrainte d’accomplir l’exploit d’ubiquité a tout de même réussi celui de jumeler, de rendre siamoises les villes de Dijon et de Besançon.
Chaque jour, chaque heure de travail ont compté double et ont contribué à maintenir à flot l’activité de l’association nourrie de l’essence d’un mouvement qui sur notre territoire ne navigue jamais à vue. Comment ne pas revenir sur le travail incessant et efficace de chacun.e des permanent.e.s engagé.e.s dans une course effrénée au sauvetage d’abord puis au soutien des copains de Bourgogne et partant au maintien et au développement de notre activité propre ? Elles ou ils méritent d’être cité.e.s : Adeline, Cédric, Gaëlle, Sarah, Véronique par ordre alphabétique…mais non je n’ai pas oublié Nadine qui a donné le la et tenu le cap.
Merci également aux services civiques, aux élu.e.s et à tous les militants qui ont assuré la qualité de notre activité au quotidien. Un coup de chapeau aussi à la pugnacité et la ténacité des militants de l’ex-A.T Bourgogne dont la situation s’est récemment éclaircie d’une manière funeste et qui ont choisi de nous rejoindre pour vivre une nouvelle épopée.

Mais trêve de remerciements, il me faut brosser un tableau objectif de nos vallées et monts et zoomer sur quelques « agir » fondamentaux. Malgré le partenariat efficient avec les PEP 90 en ce qui concerne le centre de vacances d’Aisey qui fidélise et offre des possibles aux animateur-trices et directeur-trices, nos efforts pour redynamiser l’animation volontaire se sont avérés vains et je crains qu’il nous faille changer de stratégie pour redresser la barre, parions sur le fait que le travail entrepris sur la massification du BAFA porte très vite ses fruits !
Ce point négatif ne doit pas masquer la poursuite de notre cheminement dans les allées escarpées de l’animation professionnelle, la promotion actuelle du BPJEPS LTP (cohorte la plus forte de notre histoire dans cette formation : 22 personnes) tendrait à le prouver et nos projets pour ambitieux qu’ils soient n’en sont pas moins réalistes et ancrés solidement sur un minutieux et patient travail de lecture des besoins du territoire.

Nous avons pris le temps de participer aux collectifs, de consolider les relations avec les personnes et les instances…

Nous avons pris le temps de participer aux collectifs, de consolider les relations avec les personnes et les instances gravitant dans et autour de l’école et nos relations avec le Rectorat et l’ESPE en particulier sont au beau fixe, en outre les petits déjeuners des parents, la formation des acteur-trices de l’accompagnement à la scolarité et toujours des délégués d’élèves constituent des facteurs essentiels de la pérennité de nos actions et des vecteurs de notre présence sur divers territoires. Peu à peu notre investissement au sein du CAPE porte ses fruits et dote notre arc de nouvelles cordes. L’avancée de nos projets avec la ville de Besançon (en particulier à propos des promeneurs du net, vaste chantier prometteur dans le champ de l’éducation populaire) laisse de belles perspectives alors que se profile une collaboration avec la ville de Dijon dans la droite lignée de la convention signée par les Ceméa de Bourgogne.
Myriade d’idées, kyrielle de demandes, flot d’envies, tout concourt à une excitation fructueuse et euphorique mais notre organisation nous conduit à ne pas nous disperser et à traiter les dossiers non pas comme ils viennent mais par ordre de priorités. Cela n’empêchant pas une angoisse légitime. Comment va-t-on s’y prendre ? Je fais confiance à l’équipe en place pour initier de nouvelles odyssées.

Mais tout cela ne doit pas nous faire oublier le marasme ambiant, la situation désastreuse dans laquelle se trouvent bon nombre de personnes niées dans leur être et leur avoir, inégalement reconnues dans leur naître et leurs savoirs, laissées pour compte au bord d’une route toujours plus périlleuse pour les idées de progrès.

Il nous faut nous battre pour résister à cette montée du tout économie…

Il nous faut nous battre pour résister à cette montée du tout économie et fabriquer des armes de pensée aptes à prendre le maquis éducatif de l’insurrection hors de la pensée unique, à la lisière d’un inconscient collectif qui ne demande qu’à être agité mais dans une réalité ordinaire, la réalité des gens de peu, de toutes les personnes.
De Bucarest à la rue de Cologne, des plages d’Afrique du Sud au port de Hambourg et des faubourgs de Skopje aux Andes chiliennes, ça foisonne du local à l’international. L’éducation ne supporte pas la jachère ni la technique du brûlis, l’éducation nouvelle cherche et cherche encore dans un présent sevré de dignité à préserver un avenir gorgé de désirs et de sens pour chacun mais aussi plus pragmatiquement offrant une vie décente et porteuse de rêves.

Il est temps pour nous aujourd’hui d’oser, de prendre des risques…

Il est temps pour nous aujourd’hui d’oser, de prendre des risques, d’effleurer le fil du rasoir, de se glisser dans les interstices des sollicitations pour y bâtir ensemble des châteaux de désordre dans le sable du temps et exister durablement dans la jungle paysage des associations d’éducation populaire où parfois, souvent, nos amis se font cannibales. Il nous faut aujourd’hui ou grandir encore et encore avec à la clé une extension de nos forces salariées ou nous résoudre à nous éteindre parce que nous n’aurons pas su saisir les multiples branches qui s’offrent à nous. Gageons que nous saurons nous développer et défricher d’autres brousses, ensemble, et élaborer dès l’automne un projet octodépartemental, il va falloir nous y habituer !

L’année deux mille dix-sept sera décisive pour la nouvelle grande région mais la façon dont nous avons géré l’année deux mille seize (nous la pensions déficitaire, il n’en est rien!) me conduit à affirmer sans nul doute que nous parviendrons à transformer les essais, et ce, renforcés par l’arrivée de nouveaux militants qui déjà font partie intégrante de l’équipe régionale.

Et comme Prévert le disait à Barbara :
rappelons-nous Ceméa il a plu sans cesse sur 2016 chaque mois
bruine, averses, tempêtes, ouragan
de feu, d’acier, de sang
au fil du temps
au loin très loin de Dijon dont il ne reste peut-être rien pour certain.e.s
mais où là aussi tout continue
jusqu’au vertige de l’inconnu

Le président de l’Association Territoriale
de Franche-Comté, François SIMON.